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Pratiquant par liquidations, coupes franches, repentirs et entailles, Benoît Trimborn malmène son matériau
comme on cultive la terre et questionne sans cesse la notion de "beau paysage". Labeur, labours. Germinations.
De vaches en chemins, de chemins en peupliers, de peupliers en forêts, de forêts en vignes, de vignes en houblonnières, de houblonnières en meules,
de meules en... lapins, le regard se promène au gré des thèmes les plus ruraux. Si le point de départ, celui du troupeau en pâture, a été décliné en une suite de toiles
toutes singulières, les derniers sujets laissent penser que le peintre est à la croisée des chemins. Son travail s'articule toujours entre tradition et contemporanéité,
mais il le fait désormais au travers de différents prétextes paysagers:
Une houblonnière peut dérouter par son franc mutisme - mur végétal -
la lumière filtre avec douceur au travers du délicat feuillage d'arbres posés au bord de l'horizon - dentelle de ciel -
Tandis que les peupliers étirent leurs branches dénudées et en souffrance - barrière frémissante -
les dents ocres des vignes peignent la plaine - structure végétale -
et qu'au bout du chemin de terre battue, il n'y a que ce qu'on veut bien voir - piste d'envol -
pendant qu'enfin en meule, le foin s'éternise dans le pré - cylindre sous un soleil rasant... -
A moins que la prairie ne soit vidée de tout, simplement baignée d'un dense brouillard - silence -
L'artiste sait que la tâche est ample, aussi vaste qu'est minuscule un lapin perdu dans la lande désolée. Ce prétexte graphique et pictural est-il
aussi innocent qu'il le paraît à prime abord? Le peintre, par ailleurs pianiste, l'a-t-il simplement posé là, au beau milieu de la toile ou de la feuille de papier, comme
un point d'orgue, une manière de dire que la portée de son imaginaire se poursuit bien au-delà? Ou alors nous signifie-t-il la fragilité de notre condition, soumis que nous
sommes au spectre de la solitude et aux menaces de toutes sortes?
La vache au pré, qu'elle soit seule ou en troupeau, trahit la présence d'une clôture. Parce qu'elle est un bovidé domestique très rentable, elle
n'est pas libre. Le lapin, parce qu'il est une proie vulnérable, un civet potentiel, doit sa survie au terrier salvateur. L'aire rassurant de l'animal, c'est aussi l'image
de notre lot d'êtres grégaires, nécessitant un gîte protecteur tout au long de notre existence.
A l'évidence, peindre des lapins est une audace. Quoique le rongeur ait suscité de très nombreuses représentations, on n'en retient pas grand-chose.
Et pourtant! Le lièvre de Dürer, le lapin de Chagall, le lapin bondissant de Pompon, le lièvre mort de Beuys, ou encore les lapins anthropomorphes de Flanagan - et nous ne
citons ici que quelques exemples parmi les plus fameux - prouvent, si besoin est, le sérieux du sujet.
Elise Barat
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